11 octobre 2010

Romancer, dénoncer, et vice versa

                                                       Mn_81

     Erwan Larher, que l'on connaît un peu par ici, est un garçon assez gonflé. Avec Qu'avez-vous fait de moi?, il nous propose un roman qu'il faut lire deux fois de suite. Pas gêné. Une première fois, agréable, pour constater dans les dernières pages qu'on a raté pas mal de choses en cours de route, une deuxième fois, plus sérieuse, pour constater tout le long qu'en effet on avait raté pas mal de choses.

    "Aucune réelle perspective d'avenir". On embarque avec Léopold Fleury, antihéros dont les multiples handicaps (tempérament velléitaire, influençable, désert affectivo-sexuel, maigre insertion sociale) s'accompagnent d'une inextinguible soif de reconnaissance, de surcroît une reconnaissance au niveau de son époque: accéder à une célébrité brutale et définitive, de préférence sans effort, et si possible dans les sphères les plus bling-bling. Bref, un antihéros de la pire espèce: il aurait pu être digne de pitié, il est odieux. Immédiate prise de risque de l'auteur qui demande au lecteur de s'attacher à la conscience d'un personnage qui est tout ce qu'on voudra sauf attachant. Personnage constamment perdu, que quiconque peut congédier d'un geste de la main, "amas hétéroclite et bringuebalant de pulsions, envies, aspirations, inconséquent et fort peu analytique"... et doté d'un égocentrisme à toute épreuve. Incapable de s'intéresser à autrui, il parvient logiquement à se persuader que tout le monde se passionne pour son cas, le tout produisant quelques beaux effets d'ironie ("Nous avons parlé de moi, je ne sais pas comment elle se débrouille, on parle toujours de moi avec Virginie"). Ce qui pourrait le sauver, du moins aux yeux du lecteur, c'est un constant humour, une manière décalée d'envisager ses propres contre-performances ou son état de fatigue chronique ("sur une échelle tératologique, je dois me situer entre le vampire et le zombie"). Mais la drôlerie ou la légèreté ne fait pas tout: à 27 ans, Leopold n'ignorant rien de sa "solitude viscérale, ontologique", les éclairs de lucidité deviennent insupportables. Il ne pourra rester dans la voie commune.   

    "Un gigantesque ballet de conspirateurs".  La force (et à mon sens, la limite) de Qu'avez-vous fait de moi? réside dans la vivacité narrative, qui joue à deux niveaux. Au premier niveau, celui de la diégèse apparente, le faible Léopold qui ne demande qu'à entrer dans la lumière va devenir la proie idéale pour toute organisation occulte, pour tout manipulateur puissant, pour toute allumeuse commanditée. D'où un récit haletant, semé de cadavres et rendez-vous piégés, qui se précise à mi-parcours, lorsque le narrateur exsangue, en plein naufrage, affirme vouloir se laisser "engloutir"; de fait, la deuxième partie du roman offre une bifurcation radicale et attendue, qui verra Léopold se métamorphoser peu à peu sinon en héros, du moins en révolté authentique. Mais ce glissement fluide de la satire sociale au thriller politique est joliment perturbé par un deuxième niveau de lecture, amorcé dès les premières pages. Léopold se rêvait écrivain; à défaut d'en avoir le talent, il en a l'imagination et la faculté d'être dupe de ses propres inventions, d'où pour le lecteur un doute récurrent: Léopold passe-t-il vraiment une nuit d'anthologie avec une sublime créature ou s'agit-il encore d'un fantasme trop consistant? Se manipule-t-il tout seul ou est-il manipulé par les autres? Fabule-t-il seulement ou est-il dépassé par le réel? Les indices sont nombreux, mais contradictoires, et surtout ne font pas le poids face à la fluidité du récit. Puissance du conteur: même si tout ce qu'il raconte est hautement douteux, on le croit, et ce n'est pas le moindre des plaisirs du lecteur que de rester en éveil tout en se laissant emporter par une parole où mythomanie et témoignage s'entremêlent inextricablement.

    "La fraude des mots". Si l'humanité s'agite autant dans le mensonge, c'est que les mots sont pipés. Il faut prendre au sérieux l'affirmation platonicienne placée en exergue: "la perversion de la cité commence par la fraude des mots". Dans un monde où l'essentiel du système consiste à conditionner les citoyens pour en faire des consommateurs compulsifs et dociles, les stéréotypes sont privilégiés, tandis que les discours critiques sont discrédités à défaut d'être étouffés. C'est ce qu'explique Jérôme, l'ami doté d'une conscience politique, à un Léopold déjà trop intoxiqué (si la rhétorique contestataire fait "pouffer", c'est "parce que les maîtres du monde l'ont ridiculisée"). De fait, le narrateur accumule ressentiment et observations acerbes, mais dans le vide.  Pétri d'études "humanistes" et de rêves de réussite frelatés, il adopte une parole oscillant sans arrêt entre vulgarité assumée (la voisine "à gros nichons") et préciosité ("cette petite promenade matinale excorie mon renfrognement"). Rien ne lui échappe des ignominies du réel, mais le cliché le rattrape toujours. Même au coeur de comparaisons insolites surgit la culture qui lui est imposée au quotidien: "Marie, aussi improbable, désirée et libératrice que le but en or de David Trézéguet à l'euro 2000". Et ce n'est pas un hasard si l'apprenti-écrivain Léopold, au moment où il croit la consécration toute proche, relit frénétiquement son manuscrit, obnubilé par la perfection formelle  de ses phrases ("traquer la répétition, la lourdeur stylistique, la tournure alambiquée") tandis qu'il n'appréhende ses personnages que comme un naïf démiurge ("réorganiser quelques rapports humains, affiner un ou deux moments de suspense, retendre certaines situations"). Cette mise à nu de la corruption du langage, en action, est une des belles finesses du roman.

     "Je me tuerais à lui expliquer que c'est du second degré". Le problème, si problème il y a, est peut-être là: l'état des lieux passe par un deuxième degré omniprésent. Pour voir à quel point l'individu subit les violences voilées mais bien réelles de notre société dite libérale, au point d'être réduit à l'état de caricature vivante, le lecteur doit suivre le discours d'un de ces individus caricaturaux. Intérêt et misère de la première personne du singulier au présent de l'indicatif: on voit de l'intérieur le processus d'aliénation mais on restera à la surface du processus. A noter qu'Erwan Larher, qui n'est dupe de rien, a bien envisagé l'écueil et le signale, lors d'une inévitable mise en abyme, par la bouche d'une voisine sans concession; elle met en garde Léopold contre la veulerie qui se raconte elle-même, au nom de "l'universalité" à laquelle doit tendre l'écriture romanesque. Le texte pourtant abonde en notations précises et aiguës, où justement le réel, notre réel, se découvre en quelques mots: "Je donne une pièce au clochard (...), geste qui me catégorise instantanément en minorité agissante aux yeux de la majorité hostile et réprobatrice. Au lieu de suivre mon exemple et de couvrir d'or le pauvre bougre (...), elle me considère suspicieusement car, en plus de contrevenir à l'alliance sacrée de l'argent et du labeur, j'ai donné mauvaise conscience à mes covoiturés". Mais ces saillies côtoient de nombreux développements narratifs où l'inventivité verbale et la malice critique se cantonnent au registre parodique. Parodie de récits d'espionnage, parodie d'érotisme à paillettes, parodie du complot-diabolique-où-monsieur-tout-le-monde-va-jouer-un-rôle-majeur-bien-malgré-lui _ dans la deuxième partie, on n'est souvent pas loin du Grand blond avec une chaussure noire. Ces pages parodiques, en elles-mêmes, ne manquent pas de saveur, mais elles finissent par apparaître gratuites. Ce faisant, l'auteur succombe à la grande tentation de la littérature française contemporaine: la tentation de la pantalonnade _ certes pantalonnade beaucoup plus sérieuse qu'il n'y paraît, mais en première lecture pantalonnade quand même. 

     Et c'est peut-être dommage, car Erwan Larher le montre sans cesse sur son blog et dans moult pages de son roman: il a des choses à dire, et il est capable de sacrément bien les dire.

    

Posté par Marc Sefaris à 23:30 - - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires sur Romancer, dénoncer, et vice versa

Ca, c'est une lecture.
(moue admirative)
Pas tout à fait d'accord sur la parodie (on est dans le 1er degré de Léopold, et ça fonctionne), et pas tout à fait contre un peu de gratuité parfois... Mais pour le reste, je suis.

Posté par secondflore, 12 octobre 2010 à 09:44

Alors là, coup dur pour les dernières personnes qui me pensaient équilibré: oui, je me saisis de la section "commentaires" de mon blog pour commenter mon propre billet, et prem's en plus (oh putain, Marco est au bout du rouleau, il se répond tout seul). En vrai, c'est un addendum, une réflexion que je pensais d'abord intégrer au billet mais qui n'y avait pas tout à fait sa place. En fait, si je me suis intéressé au roman d'Erwan en relevant toutes sortes de qualités tout en le jugeant assez durement à la fin (des semaines après l'avoir lu deux fois), c'est que j'y ai trouvé des similitudes troublantes avec ma première tentative romanesque publiée. Pas de malentendu: écriture, thématiques, enjeux, horizons, point de départ/point d'arrivée, les différences sont nombreuses et massives. Mais similarité de démarche, que je retrouve aussi dans tant de romans français _ singulièrement dans les premiers romans publiés. Le principe (qui est une tension interne) est assez simple: le (jeune) auteur est animé d'une saine ambition (en gros: parler du monde d'ici et maintenant en dépassant les apparences, tout un programme), à laquelle il donne forme avec une arme à double tranchant: le deuxième degré. Récit au rythme rapide, vivacité du narrateur/narratrice qui a un bon coup d'oeil dans le détail mais qui ne comprend pas l'essentiel par manque de profondeur/conviction, d'où une oeuvre où le plus important se situe à la marge plutôt que dans le flux principal, entre les lignes plutôt que dans les réflexions explicites, dont la portée en fin de compte ne réside pas dans la trajectoire factuelle du héros/héroïne peu héroïque mais dans la manière dont la trajectoire est appréhendée _ la conscience de la voix narrative étant toujours en retard sur les enjeux réels.
En gros, plus ou moins consciemment, l'auteur espère de la sorte gagner sur tous les tableaux: récit plaisant ET regard acéré sous-jacent, personnages-pantins faciles à manier ET tréfonds de l'esprit humain sans cesse suggérés, ironie multidirectionnelle (autodérision incluse) ET perspectives très sérieuses. Sur le papier, c'est idéal, et de fait, la tentation est grande; en pratique, c'est juste infiniment difficile. Pas impossible: infiniment difficile. Je pense (et peux me tromper encore) que seuls les vieux routiers devraient s'y risquer, parce que ça suppose de TOUT maîtriser dans l'art romanesque, d'avoir tout digéré. Les "jeunes" s'y risquent, sans doute parce que l'ironie est par nature ludique (les "jeunes" sont si joueurs) et rassurante (si mon narrateur-pantin dit une connerie, c'est lui le con, pas moi; s'il dit des trucs intelligents, tout bénéf') _ mais c'est un confort trompeur.
Voilà, c'était la minute psychologisante.

Posté par Marco, 12 octobre 2010 à 10:15

Secondflore: ouf mon sauveur (mon com. auto-référencé n'était donc pas le premier). La gratuité, je ne suis pas contre non plus (j'en ai fait l'éloge parfois); et la parodie, si, quand même, pour le lecteur, au deuxième niveau (le premier, celui de Léopold, fonctionnant très bien tout seul en effet). Je reste sur l'idée que ça pouvait être plus, et qu'Erwan lui-même voulait plus. Mais peut-être que je projette des problématiques personnelles, à tort.

Posté par Marco, 12 octobre 2010 à 10:40

Ah, mais il est parfait, ce com' autoréférencé!
Pour tout dire, je m'y retrouve pleinement. La lecture de "Qu'avez-vous fait de moi" m'a étonnamment replongé dans la période où j'écrivais "Hors-jeu" - avec la même ambition naïve décrite que tu décris ici (sur les blogs je me permets de tutoyer, hein).
Le résultat de ce genre de tentative est souvent très pénible, notamment à cause de la tare #1 des premiers romans : l'irruption de l'auteur dans l'histoire sous la couverture (trouée) du narrateur. Il y a un peu de ça au début du roman, mais la voix parasite s'efface - et les contrepoints donnés par les histoires de Richard et Lazure fonctionnent parfaitement)
Mais pour creuser tout ça, faudrait une note en soi... ^

Posté par secondflore, 12 octobre 2010 à 10:54

Secondflore: bon ok, pour creuser tout ça je vais le lire une troisième fois
Ah, toi aussi, sentiment de revivre une certaine période? _ ça me rassure!
(et oui, tutoiement of course _ c'est bizarre, au fond, ces histoires de tu/vous; avec mes commentateurs/interlocuteurs bloguesques, c'est du 50/50, je ne sais pas trop pourquoi, ça se fait tout seul, en fait)

Posté par Marco, 12 octobre 2010 à 14:35

Vous êtes bien gentil de nous parler d'un roman d'un blogueur ami, mais vous ne dites pas où il est publié; du coup on est contraints de faire des recherches !!! Bon, alors: c'est chez MICHALON et on peut le trouver sur amazone, entre autres....
A part cela, je ne suis pas certaine que ce soit le genre de littérature que je kiffe, pour parler en langage branché^^
Mais pourquoi pas essayer la littérature jeune et dynamique ? Quand j'aurai fini la pile qui m'attend pour l'automne

Posté par Marie, 12 octobre 2010 à 15:34

Marie: il est vrai que j'ai pour (mauvaise) habitude d'oublier de mentionner les éditeurs des livres dont je parle. Et puis je sais que je peux toujours compter sur vous pour apporter les précisions nécessaires. Un travail d'équipe, en somme
Sinon, littérature certes dynamique mais pas strictement générationnelle; peut-être kifferez-vous trop grave, à l'occasion.

Posté par Marco, 12 octobre 2010 à 17:52

bien belle critique, en effet (me reste plus qu'à aller le relire deux fois pour recommencer à te tutoyer !)

Posté par alain g.cor, 12 octobre 2010 à 18:58
en dessous du sous-sol y'a quoi ?

histoire de rajouter ma petite pierre, je pense pour ma part qu'Erwan aurait pu (et je le lui ai dit) rajouter plus de grotesque, d'excès et d'affabulations, de façon à ce que l'on comprenne mieux que l'auteur n'était pas dupe des divagations "mythomaniaques" de son personnage, faisant de la fin un tremplin peut-être moins impressionnant (moins "révélation de polar à l'américaine"), mais de la lecture en continu un plaisir plus littéraire...

Posté par alain g., 12 octobre 2010 à 21:42
Droit de réponse (oh, LOL, c'est bon, ça va !)

Marco,

Tout d'abord bravo et merci pour la rigueur, la profondeur et la richesse de ta lecture et de ta critique. Je suis estomaqué, et ne pensais pas que mon travail pouvait mériter qu'on y passât autant de temps...
Bref...
Je vais faire deux choses qu'un auteur sérieux ne doit jamais faire : répondre à une critique et me dévaluer.
J'ai conscience des imperfections et manques de mon travail, donc je n'entends que trop bien quand tu en pointes les faiblesses - merci de l'avoir fait avec élégance, et d'avoir souligné que le pari de départ était difficile.
Et si je me permets de te répondre, c’est parce que je considère un peu qu'on est ici entre nous ; nous discutons suffisamment librement et franchement sur différents rivages virtuels pour ne pas continuer, même si c'est de mon travail dont il est question - ça va, c'est qu'un roman, je n'ai pas non plus loupé une transplantation cardiaque...

Il me semble que tu sous-estimes un facteur : il existe dans la vraie vie plein de déclinaisons de Léo Fleury, caricatures d'elles-mêmes fabriquées par la pensée dominante. "Pourquoi en parler puisqu'elles ne sont pas intéressantes ?" pourras-tu me rétorquer. Certes, mais ces Léo Fleury sont appelés à être dominants, et donc à véhiculer le cynisme, l'individualisme et toutes les valeurs de pacotille dont on nous innerve.
J'ai essayé de décrire l'échec d'un de ces clonages, en m'efforçant de dénoncer sans trop didactiser mais surtout en laissant de la place au lecteur, qu'il juge par lui-même (c'est pour cela qu'on reste "à la surface du processus" : au lecteur de conclure). Je n'ai pas cherché (pas trop...) à faire le malin; si l'histoire déraille, c'est justement à cause des effets potentiellement pervers de ce mécanisme de reproduction.
Et si la "conscience de la voix narrative est toujours en retard sur les enjeux réels", c'est que Léo n'écoute pas les personnages secondaires, n'écoute pas sa conscience, n'écoute pas Nogret et Garassian, les principes de réalité. Il n'écoute personne et au final se débat seul, comme tous les petits Kerviel...
"La malice critique se cantonne au registre parodique" écris-tu. Je crois que l'épilogue de mon roman te contredit. L'histoire, bien réelle, de Richard Durn n'était hélas ! pas une "pantalonnade"...

Posté par r1, 12 octobre 2010 à 22:30

là je suis plutôt d'accord avec r1, pour moi il n'y a pas de "pantalonnades", mais un petit jeu de funambule entre la réalité et la fiction qui induit le trouble chez le lecteur,la défiance (est-ce qu'il/l'auteur n'exagère pas ?), mais pas vraiment la farce ou de moquerie puisque l'épilogue interdit toute tentative de penser qu'il y avait là pantalonnades. Pour moi le problème c'est plutôt : comment donner des clefs au lecteur tout au long de sa plongée dans la psyché de Léopold ?

Posté par alain g., 12 octobre 2010 à 23:26
Alain,

...c'est trop tard, il est sorti le bouquin...

(Je n'ai pas voulu donner de clés, juste des indices, plus ou moins cachés ; en tant que lecteur, je déteste qu'on me prenne trop par la main (mais je déteste aussi, comme toi, l'auteur-magicien qui sort son lapin du chapeau à la fin.))

Posté par r1, 12 octobre 2010 à 23:32

@ r1: ce n'est certes pas moi qui vais reprocher à un auteur de "répondre" à une critique _ d'abord parce que je l'ai fait dans ma jeunesse (y a deux ans, quoi), ensuite parce que je ne trouve pas malséant de venir préciser sa démarche comme tu le fais, bien au contraire. (rappelons pour les gens qui pensent qu'une oeuvre doit se défendre toute seule: "préciser sa démarche" (BIEN) n'est pas la même chose que "se justifier" (MAL)).
D'autant que tu la précises bien, mon salaud.
Sans revenir sur le détail: oui, je suis bien d'accord et pour ton "projet" et pour les moyens que tu t'es donnés. Mais l'épilogue ne me "contredit" pas, puisque je suis évidemment conscient de sa révélation _ c'est juste qu'il faut attendre l'épilogue, justement (ça rejoint ce que dit alain juste au-dessus (alain: ce qu'il y a au-dessous du sous-sol? oh bon sang je préfére ne pas imaginer), d'où mon histoire de relecture) _ en fait, c'est à la première lecture que la deuxième partie risque d'apparaître comme une simple pantalonnade, ou si tu préfères: ce que je dis à la fin de mon billet n'invalide pas tout ce que je dis avant, ça concerne idéalement deux lectures successives, mais j'ai en quelque sorte fini par la première (je ne suis pas sûr d'être très clair, là, attends, je me relis... ah non, je ne suis pas clair du tout. Tant pis).
Ton explication générale est totalement convaincante, c'est dans le détail que j'ai parfois tiqué. Juste un exemple: sur quelques pages on voit Sarah la tueuse traverser un conflit intérieur, quelques larmes puis elle sort son grand couteau de chasse, ça se passe pages 135-138 si je me souviens bien (bon ok j'ai le livre sur les genoux) _ eh bien, au moment où je lis ces pages... rien... je me sens infiniment étranger au drame de ce personnage auquel je ne peux pas croire parce que trop stéréotypé (même si à la fin je me dirai: ah mais oui en fait etc.); lecture cursive//lecture à la lumière de la révélation finale. (pareil quand il y a une fille du Sud qui dit forcément "fada" tandis qu'une fille branchée dit forcément "cool baby").
Bon bref, j'ai l'air d'en rajouter une couche en te répondant, alors qu'il y a bien des choses qui m'ont plu dans ton roman, à commencer par "l'échec d'un de ces clonages" comme tu le dis très bien ici. D'excellents passages aussi que je n'ai pas mentionnés, comme l'accumulation de brefs scénarios (scenarii? je ne sais jamais comment faut dire) alternatifs à partir de "j'adore ce prénom!".
Kerviel, Richard Durn, oui _ mais Richard Durn jusqu'au bout a gardé une rage froide, démente dans ses effets mais lucide dans ses gestes, il me semble. (je rebondis juste sur ta dernière réflexion _ ça n'enlève rien à Léopold!)

Posté par Marco, 12 octobre 2010 à 23:42

Ah ok, j'avais encore deux com' de retard; ça devient pathétique.
Bon, je commence à réaliser que le mot "pantalonnade" n'était peut-être pas le mot juste.
Sinon, pour l'histoire des "clefs" au lecteur... ben en le relisant, en fait, on s'aperçoit qu'il y en a plein, tout le temps. (ne serait-ce que les séquences numérotées qui surgissent de temps en temps, ou les scènes "vécues" qui se révèlent n'être que des rêves de plus). En fait, on ne les prend pas en compte parce que le récit est tellement bien ficelé qu'on le suit pour ainsi dire en fermant les yeux. ("on" étant "moi je", vous aviez traduit).

Posté par Marco, 12 octobre 2010 à 23:51

(ah si quand même, un élément d'explication: les scènes (et personnages) à la troisième personne, ça vous désarme illico un lecteur, ça, c'est terrible; une première personne, on se méfie durablement, mais une troisième, vl'à qui fait qu'on peut oublier de se servir des clefs qu'on avait pourtant dans la main)
(ok, je vais me coucher)

Posté par Marco, 12 octobre 2010 à 23:55

@r1 : oui, il est sorti, mais ça n'empêche de parler dessus (pour le prochain bouquin), ni de digresser sur les différents savants dosages que l'on aurait pu lui appliquer, à la lumière de, et à la manière dont ton épilogue semble nous y inviter
@marco : en même temps, une relecture immédiate peut s'avérer embarrassante, dans la mesure où l'épilogue (si l'on s'en souvient bien) change un peu tout. Donc je ne sais pas si j'aurais la chance de te retutoyer un jour !

Posté par alain g. cor, 13 octobre 2010 à 00:08
Rhôôô

C'était pour rire, Alain ! Je te sais gré, je te le répète, des remarques, avis et critiques dont tu as bien voulu me faire part.

@Marco : merci d'avoir fait le distinguo entre "préciser" et "se justifier" - c'est là que me sautent à la gueule les limites de ma capacité d'analyse. Oui, je voulais seulement préciser, qu'au moins il soit bien clair, que l'on aime plus ou moins ce roman, que pas grand chose n'y a été laissé au hasard, ni dans le travail d'écriture ni dans la construction narrative ni dans ce que l'on pourrait appeler la "mise en forme du message".
(A propos de message, dois-je en voir un dans la magnifique photo illustrant ton article ?... J'ai des photos de Sarah aiguisant son couteau de chasse si tu veux...)

Posté par r1, 13 octobre 2010 à 00:24

Euh, la photo, c'est l'inquiétante main tendue de Lazure. (photo prise discrétos, à l'époque où je travaillais pour lui, juste avant de trahir, convaincu par Richard). Mais toi tu me fais flipper avec le couteau de chasse de Sarah...

Posté par Marco, 13 octobre 2010 à 16:26
r.a.s

"...multiples handicaps (tempérament velléitaire, influençable, désert affectivo-sexuel, maigre insertion sociale)"

heu, c'est de l'ironie ou la conséquence d'un esprit hyper normatif? ^^

- velléitaire: excellent, refus des normes et autres contraintes d'usage

- influençable: excellent pour la découverte et l'auto-formation

- désert affectivo-sexuel: les bielles et les pistons et autres sucres d'orge associés, c'est bon pour le lectorat de voici gala, non?

- maigre insertion sociale: franchement, ne pas être intégré dans une société viscéralement amorale, est-ce réellement un handicap pour les opérations de survie?


(dsl, pas lu la suite du post)

Posté par gmc, 18 octobre 2010 à 15:39
r.a.c (rien à comprendre)

gmc: (dsl, pas lu le début du commentaire)

Posté par Marco, 18 octobre 2010 à 21:12

très judicieuse intuition^^

Posté par gmc, 19 octobre 2010 à 12:18
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